MELUSINE AU CHATEAU DE LUSIGNAN

(D'après l'Histoire de la Maison Royale de Lusignan -1896)

Raymondin du Forez, originaire du Poitou, est le premier chef de la Maison de Lusignan. Sa femme, Mélusine à inspiré les poètes de France et d'Allemagne.

Au X° siècle, Hugues 1er, dit le Veneur, contemporain est à la tête de cette noble famille. C'est sous son fils, Hugues II, dit le Bien-Aimé, que le château de Lusignan fut construit. Ses descendants avaient pris le titre de Sires de Lusignan. Leurs exploits glorieux sont relatés dans le poème de Jean D'Arras et dans les récits de Froissart.

Le château, qui avait tenu en échec des rois de France fut pris par le duc de Montpensier en janvier 1575 et malheureusement détruit.

Situé près de la ville de Lusignan qu'il dominait, il était entouré d'une triple enceinte de murailles hautes de dix pieds. Un large et profond fossé d'eau séparait la première enceinte de la seconde, et un espace vide d'au moins deux cents pas, la seconde de la troisième. Ces trois murailles, et en particulier la première, étaient flanquées de tours surmontées d'un parapet crénelé et de nombreuses échauguettes. Les tours fortes et élancées, en forme de cônes tronqués, servaient de magasins, de casernes contenant les munitions ou dépôts d'armes, et protégeaient les poternes percées à leur pied. En avant du château, et faisant face à la ville, était un bastion dit porte-Geoffroy, dont le fronton était décoré d'une grossière sculpture représentant Geoffroy à la grande dent, ce qui fit, à tort, attribuer la fondation du château à ce seigneur. Les armes des premiers Lusignan, burelées d'argent et d'azur de dix pièces surmontait ce buste imparfait

En franchissant les deux enceintes, on arrivait à la tour poitevine, communiquant avec la basse-cour où se trouvaient les écuries, plusieurs puits, une mare profonde et les logements des valets.

Au milieu, vers l'ouest, se dressait sur une motte artificielle, mais élevée, le donjon. Une muraille l'entourait encore, et son front élevé, surmonté d'un casque étincelant, symbole d'hospitalité, dominait non seulement le castel, mais encore le pays à une grande distance.

Le donjon était une tour carrée, avec des tourelles aux quatre angles. Ces tourelles contenaient les escaliers, et l'une d'elles, un puits appelé Puits du désespoir, parce qu'on n'en connaissait pas le fond. Le beffroi, qui couronnait le centre et la plate-forme, renfermait la cloche, qu'on agitait en cas d'alarme.

A Lusignan, les croisées étaient larges, hautes, et, afin d'en conserver la lumière, le mur avait été taillé en biseau à la parti supérieure de l'ouverture. Mais, au rez-de-chaussée était la salle des Aïeux, longue galerie, aux tentures sombres sur lesquelles se détachaient les statues grossières et raides de la lignée des Lusignan. Le jour venait, à travers les petits vitraux plombés, surchargés de peintures, éclairer comme à regret, de lueurs inégales, ce séjour monotone. Tout y était sombre. Les boiseries de chêne noirci, les armes de fer, les armures toutes montées, accrochées derrière chaque statue, pouvaient faire supposer que le guerrier allait agir et marcher.

Jamais le soleil n'avait pénétré dans cette salle où l'on aspirait, en entrant, l'air humide et pénétrant des caves.

La chapelle, unie au donjon par une partie du promenoir, élevait dans les airs son clocher dont la délicatesse faisait un contraste agréable avec le reste du château.

La cour d'honneur s'étendait devant le donjon, tandis que de l'autre côté se montrait la tour de Mélusine, haute de deux cent seize pieds, et surmontée des fameux créneaux sur lesquels la fée traînait ses voiles blancs et se lamentait lors d'une catastrophe prochaine. On voyait, à quelques distances, une fontaine naturelle joliment ombragée de saules au feuillage éploré, et maintes fois Mélusine s'y était, dit-on, baignée ; aussi ne tarissait-on pas dans le pays sur les propriétés merveilleuses de la source et sur les faits étranges dont elle avait été le témoin.

Un évènement récent avait surtout impressionné les esprits : La Vonne s'étant trouvée à sec pendant les grandes chaleurs, les femmes de Lusignan sollicitèrent de la comtesse la permission de laver leur linge dans la fontaine ; mais le linge qu'elles retirèrent était devenu sorcier, et il s'envola de leurs mains avant leur retour au logis : de plus, les varlets et guetteurs assurèrent avoir failli mourir de peur, la nuit suivante, en voyant des lavandières ailées raser les eaux de la fontaine et battre follement un linge de l'autre monde. Depuis ce jour, chacun évitait la source merveilleuse, bien qu'à la prière de la comtesse, le chapelain l'eut exorcisé.

On prétendait encore que la tour de Mélusine donnait accès dans un souterrain conduisant jusqu'à Poitiers, mais nul n'y avait jamais pénétré, et d'aucuns disaient même tout bas, que la fée, n'ayant jamais pu mourir, y restait captive, le jour, et le quittait, la nuit, pour aller s'ébattre sur les créneaux.

La fée était sensible à la musique. On racontait qu'une fois à la tombée du jour, le comte était venu avec les pages autour de la fontaine, il se mit à chanter une ballade, et, pendant qu'il chantait, on vit l'eau s'agiter, et il s'en échappa comme une vapeur blanche qui, prenant forme, devint la fée elle-même ; se balança sur l'eau avec la grâce d'une fleur agitée par le vent ; puis, quand le comte eut fini, elle disparut.

Voici du reste d'après Jean d'ARRAS, la curieuse légende de Mélusine :

(Mélusine, aînée des trois filles du roi Thiaus (Mélinas, roi d'Albanie : Ecosse) et de la fée Pressine, douée d'une merveilleuse beauté ; rencontre un jour dans une forêt, près d'une fontaine, le beau Raymondin, fils du roi des Bretons, jeune et hardi garçon qui vient de tuer par mégarde son oncle, le comte de Poitiers. Mélusine lui propose de faire de lui le plus grand gentilhomme du royaume s'il veut l'épouser, à une condition : c'est qu'il ne cherchera jamais à la voir le samedi de chaque semaine.

Le pacte est conclu, les épousailles ont lieu, puis les noces, à la grande surprise des autres gentilshommes qui ne connaissaient pas Mélusine.

La fée, à l'aide du procédé employé autrefois pour fonder Carthage, fait donner à son mari, sur un roc stérile, autant de terre qu'en pourrait enclore une peau de cerf, et, faisant découper cette peau en lanières, s'empare ainsi d'un petit territoire sur lequel est bâti le château de Lusignan.

De ce mariage naquirent trois fils : Urian, Guion et Geoffroy qui, en Orient, eurent, d'après Jean DARRAS, des aventures aussi romanesques que fantastiques.

On raconte que Mélusine eut dix enfants

  • Urien (Au visage court et large à travers avec un œil rouge, l'autre pers et de grandes oreilles).
    Il fut roi de Chypre
  • Eudes (Odon, avec une grande oreille). Comte de la marche
  • Guyon (Guion, avec un œil plus haut que l'autre).
  • Antoine (une griffe de lion sur la joue). Roi du Luxembourg.
  • Renaud (Regnault et son œil très perçant). Roi de Bohème
  • Geoffroy (hardi et cruel possédant une grande dent).
  • Fromont (avec une petite tache velue). Moine à Maillezais il fut tué par Geoffroy.
  • Horrible (Avec trois yeux et très cruel).

Par la suite elle aurait eut encore deux enfants, Raimonnet et Thierry.

Cependant Raymondin tient son serment de ne pas regarder sa femme le samedi, et jusqu'alors la fortune n'a fait que lui sourire, sa prospérité n'a fait que s'accroître. Un beau jour, sur les sollicitations de son frère Hugues qui accuse Mélusine d'être infidèle à son époux, il a la curiosité de plonger les yeux par un trou pratiqué dans le mur, dans la chambre où sa femme s'est retirée ; il l'aperçoit au bain : Mélusine tous les samedis, était à moitié femme et à moitié serpent !

Rien ne saurait dépeindre la douleur de Raymondin dès qu'il eut surpris ce secret. Mélusine, trahie s'envola de son château, à la vue de tout le monde, sous la forme d'un serpent, jetant des cris qui fendaient l'âme de tous les assistants.

Les seigneurs de Lusignan prirent part au grand mouvement religieux de l'Occident contre l'Orient, à l'époque des croisades. C'est là que la providence les attendait pour faire de leur famille une des plus illustres dynasties de l'Europe. Aussi les croisades et les chroniques des temps héroïques sont pleines des faits d'armes et des actions vertueuses des Lusignan.

Les Maisons de Lezay, de la Marche, du Marais, d'Eu (par Raoul d'Exoudun), de Valence, d'Angoulême, de Saint-Valérien, de Parthenay, de la Rochefoucault, ont la même souche que les Lusignan ; tous ces grands noms reviennent souvent et avec le plus vif éclat dans l'histoire de France. En Angleterre, la Maison de Pembroke provient aussi de la même origine, l'Italie et l'Autriche ont vu des membres de leurs Maisons souveraines s'allier aux Lusignan.

 


 

Fonds privé du Gouverneur de l’Ordre


Maquette de l'ancien château.

 

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mis en ligne par l'Ordre Royal de Mélusine.
Exoudun - 1er Janvier 2011.

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